Dissertation Peut On Rire De Tout Synthese

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« Je me presse de rire de tout, de peur d’être obligé d’en pleurer », lance Figaro à son maître dans Le Barbier de Séville de Beaumarchais. Il entend par là que prendre les événements de manière détachée, en plaisantant, permet, avec le recul qu’implique l’humour, de mieux les supporter. Le valet conseille donc, comme d’autres avant lui (Rabelais, Molière ou encore La Fontaine) et après lui (Ionesco ou l’humoriste Raymond Devos) de ne pas parler de « choses graves » sur le mode sérieux, mais de prendre le parti d’en rire. Pour Nietzsche, la « philosophie » de Figaro, personnage de théâtre, est aussi valable dans la vie réelle : « L’homme », dit-il, « souffre si profondément qu’il a dû inventer le rire ». Peut-on aborder les questions graves sur le mode humoristique ? L’artiste doit-il, comme le conseillait Molière, instruire en faisant rire ? Le parti pris de « rire de tout » n’a-t-il pas des limites ?

  • Le philosophe Bergson souligne la  : pour lui, « le rire châtie certains défauts à peu près comme la maladie châtie certains excès. » Il serait donc efficace d’aborder un sujet sérieux sur le mode plaisant si on veut l’attaquer : l’humour et le rire sont les . Le caricaturiste Plantu l’a bien compris, dont les dessins corrosifs font rire de la guerre, de l’oppression, de la famine. Ses caricatures sont, à leur façon, aussi efficaces que Guernica de Picasso, parce que leur insolence provocatrice met en question la souveraineté du pouvoir et la tyrannie de la guerre.
  • De même, le film La vie est belle de Roberto Benigni (1998) tout autant que des images d’archives. Le cinéaste y présente avec humour et poésie la vie dans les camps de concentration : le personnage principal, un jeune père déporté, transforme pour son fils la captivité en un jeu. Tourner en dérision l’ennemi contre lequel dans la réalité on ne peut rien, s’avère souvent la et consacre sa résistance face au malheur. Le film Nuits et brouillards d’Alain Resnais (1956), archives poignantes sur les camps, n’est ni plus ni moins efficace que le film de Benigni : il souligne davantage la misère et l’horreur, mais Benigni semble mieux les « maîtriser ».
  • Alors, oui, il est des sujets graves dont il faut parler avec humour, pour mieux les dominer, parce que l’humour provoque, attaque, parce qu’il est cruel pour sa cible, parce qu’il est une .

Transition : Regarder le monde de façon lucide avec le sourire aux lèvres, jouer sur le décalage entre le fond et la forme, entre le ton (fantaisiste) et le contenu (sujet tragique), permet de dévoiler l’absurde du monde, mais peut-on vraiment rire de tout ?

L’humour est bénéfique car, donnant du recul sur les événements, il permet d’affronter certains sujets et d’en désamorcer la gravité. Mais il a ses limites et doit éviter le mauvais goût ou l’excès. Les écrivains, pour leur part, n’ont jamais cessé de recourir à l’humour, souscrivant au précepte de Rabelais : « Mieux est de ris que de larmes écrire,/ Pour ce que rire est le propre de l’homme » (Gargantua) ou de La Fontaine qui fait du rire « le plaisir des Dieux » (Fables, XII, 12). Supprimer à l’homme le droit de rire, par la censure par exemple, lui enlève du même coup un remède à ses souffrances et une partie de sa liberté.

INTRODUCTION

Le rire peut être défini comme étant la manifestation d’une gaieté soudaine par l’expression du visage et par certains mouvements de la bouche et des muscles faciaux; c’est une activité de type réflexe qui se traduit par un enchaînement de petites expirations saccadées accompagné d’une vocalisation inarticulée plus ou moins bruyante. Le rire, étant une des expressions de la joie, apparaît ainsi au premier abord positif.

Cependant le rire n’est pas le propre de l’homme comme l’a affirmé Rabelais, puisque les animaux peuvent rire notamment les grands singes et des animaux domestiques comme les chiens, les chevaux. Mais l’humour, qui est en général un travail sur les mots serait par contre le propre de l’humain. C’est pourquoi Bergson dans son ouvrage le Rire a écrit : « Il n’y a pas de comique en dehors de ce qui est proprement humain…On rira d’un animal parce qu’on aura surpris chez lui une attitude humaine, d’un objet pour la forme que les hommes lui ont donné ». Ainsi on rira d’un chimpanzé en train de fumer un cigare ou habillé comme un humain. Comme l’a remarqué Bergson, l’homme ne rit que de l’homme ou d’un animal qui voudrait ressembler à un être humain.

Hommes et animaux rient, et cela fait partie des plaisirs de la vie, pourtant on peut quand même se demander si l’on peut rire de n’importe quel sujet. N’y a t-il pas parfois des rires déplacés qui traduisent une certaine obscénité de l’esprit ?!

PREMIÈRE PARTIE : IL SEMBLERAIT, AU PREMIER ASPECT, QUE L’ON PUISSE RIRE DE TOUT ET QU’IL NE FAILLE PAS METTRE DE LIMITES AU RIRE .

Premier argument : Le rire, dans sa manifestation physique est quelque chose d’incontrôlé, ce qui plaît dans le rire c’est notamment sa spontanéité. Aussi contrôler le rire, lui mettre des limites paraît opposé à ce qu’il est dans son essence même. Le rire s’accompagne d’une sorte de dérèglement corporel, il fait fonctionner les vingt deux muscles appelés zygomatiques, entraîne une contraction du diaphragme, un déploiement du larynx. Aussi Alain dans des Idées et des Âges a écrit : « Le rire secoue tout le corps …le rire est par essence un abandon de gouvernement ». De nombreuses expressions du langage courant dans la langue française confirment ce fait : ainsi on « éclate de rire », jusqu’à « se fendre la poire », et « se tenir les côtes » et à « se dilater la rate ». Quand on se laisse aller à rire, on rit « à gorge déployée » jusqu’à « se tordre de rire », c’est pourquoi il arrive de « rire aux larmes », de « rire comme des fous » et quand on n’arrive plus à s’arrêter de rire, on a l’impression qu’on va « mourir de rire ». Toutes ces expressions mettent en relief ce désordre momentané du corps auquel aboutit le rire dans toute sa spontanéité. C’est pourquoi, il paraîtrait dommage de se mettre à freiner le rire, vouloir le contrôler et lui mettre des limites.

Deuxième argument : Le rire ne serait pas à contrôler, de plus, car il est bon pour la santé, il permet de lutter contre le stress, d’arriver à un certain lâcher-prise.On a besoin de rire comme on a besoin de respirer. Ainsi Lacan allait jusqu’à ce jeu de mots : « gué-rire ». Le rire permet de se décontracter le système nerveux, tout simplement. Et ceux qui veulent contrôler et réfréner le rire sont souvent des « rabats-joie », des raseurs qui ont oublié de vivre vraiment. Censurer le rire, ce serait un peu comme censurer la joie de vivre. Et même si certaines bêtes rient c’est justement parce qu’elles ressentent le plaisir d’exister et de jouer. Par ailleurs, les enfants normalement rient d’un rien, et sont portés naturellement à avoir la mine enjouée et rieuse parce qu’ils ressentent ce plaisir de vivre plus spontanément que les adultes. Les enfants rient en moyenne 300 fois par jour, alors que les adultes rient en moyenne quinze fois par jour! Le rire n’est pas à contrôler mais à favoriser semble t-il puisqu’il permet une oxygénation améliorée de l’organisme, une stimulation du rythme cardiaque, une réduction des tensions musculaires et de la pression artérielle… De tout cela, on peut en déduire qu’il ne faut jamais manquer une bonne occasion de rire.

Troisième argument :  Le rire paraît d’autant moins à censurer qu’il permet une critique des défauts humains. Ainsi la devise de Molière était « Castigat ridendo mores », « châtier les mœurs en riant ». La comédie avec Molière peint les vices, les travers et les ridicules de ses contemporains. Le titre de certaines de ses comédies est sur ce point révélateur : L‘Avare, le Misanthrope, le Médecin malgré lui, sont une critique par le biais du comique, de certaines dérives sociales comme l’avarice, ou l’ignorance des médecins, ou une dénonciation des relations hypocrites entre les hommes. Molière allait si loin dans sa critique sociale que certaines de ses pièces furent censurées et interdites à la représentation théâtrale. Comme par exemple le Tartufe ou l’Imposteur où l’auteur classique a dénoncé les dévots et leur duplicité. Molière, en 1664 dut subir une véritable cabale des dévots à cause de cette pièce de Tartufe; Lois XIV étant entouré à Versailles par des personnages de type pharisaïque. Le rire permet d’exercer une critique saine des institutions en place; en ce sens il faut lui laisser une certaine liberté.

Quatrième argument : La critique exercée par le biais du comique est d’autant plus salvatrice et utile que tout un chacun nous pouvons avoir quelque chose de ridicule.L’humour est d’ailleurs la capacité de se considérer avec une certaine dérision. Les gens qui n’ont pas d’humour sont justement de ce fait des gens détestables et insupportables ! Avoir de l’humour, c’est savoir rire de soi quand il le faut. Le rire permet donc non seulement la critique, mais aussi l’auto-critique. C’est pourquoi La Rochefoucauld dans unes de ses Maximes déclarait : « S’il y a des hommes chez qui le ridicule n’est jamais paru, c’est que l’on a pas bien cherché ». Le rire, dans la mesure où il permet l’introspection saine de ses propres défauts est particulièrement sain.

Cinquième argument : Le rire apparaît donc comme l’a dit Breton « une révolte supérieure de l’esprit » à laquelle il faut réserver une certaine liberté. Ainsi il est arrivé que des hommes de génie soient des hommes qui rient tel Démocrite (mort environ en – 370 avant J-C). D’après les témoignages de son époque : « Un rire perpétuel secouait Démocrite », « Tout le faisait rire ». Hippocrate, le célèbre médecin antique lui demanda un jour pourquoi il riait, et le philosophe-physicien répondit : « Je ris d’un unique objet : l’homme plein de déraison, l’homme vide d’œuvres droites, l’homme puéril en tous ses projets, en tous ses propos, souffrant sans nul bénéfice ». Autrement dit, le rire paraît indispensable pour survivre à qui a l’esprit lucide. Nietzsche a dit que « Nous avons l’art pour ne pas mourir de la vérité », il faudrait ajouter que nous avons le rire pour pouvoir supporter d’être lucide.Nietzsche a d’ailleurs écrit : « L’homme souffre si profondément qu’il a du inventer le rire ». Chez l’homme, comme chez les animaux supérieurs qui ont déjà un système nerveux assez perfectionné, le rire apparaît en quelque sorte comme une manifestation finalement de l’instinct de survie.

Sixième argument : Le rire est d’autant plus utile et ( à ce titre mérite de ne pas être censuré) qu’il s’ attaque au sérieux. Rien ne semble plus opposé, en effet, au rire que l’esprit de sérieux. Ainsi Alain écrivit : »Le rire attaque le sérieux en son centre et menace de le détrôner ». Le sérieux peut devenir absolutiste, « se prendre trop au sérieux » est dangereux. Le rire nous maintient éveillé face aux dérives de l’esprit de sérieux. On doit rire des choses les plus respectées pour s’en libérer, pour éviter qu’elles n’abusent de leurs prérogatives comme les institutions étatiques, les institutions religieuses. L’esprit de sérieux est néfaste quand il se prend justement « trop au sérieux », car c’est l’état d’esprit de celui qui croit tout savoir, qui désigne des manières de vivre et de penser comme intangibles. C’est pourquoi un philosophe comme Nietzsche pratiquait le « gai savoir » : « Ce n’est pas par la colère que l’on tue, mais par le rire que l’on tue. En avant, tuons l’esprit de lourdeur« ! déclarait Nietzsche dans son Ainsi Parlait Zarathoustra. L’éclat de rire est salvateur car il est ce point de rencontre entre la lucidité de l’esprit et l’instinct de vie du cœur. Le rire est esprit de légèreté qui s’oppose à l’esprit de pesanteur (qui mine toute société quand elle s’installe dans les valeurs qu’elle a institué). Ainsi, au Moyen-Âge, il était interdit de rire de la religion catholique, on pouvait facilement se retrouver sur le bûcher pour avoir glissé quelques plaisanteries sur le sujet. On pouvait rapidement être traité d’impie et d’hérétique pour avoir voulu dénoncer des dérives religieuses par le rire. Le rire désarme l’esprit de sérieux; c’est l’arme ultime contre la bêtise et la sottise d’une époque. C’est pourquoi on peut dire avec Flaubert que paradoxalement : « Rien n’est plus sérieux en ce bas-monde que le rire ». Quelque part, le rire par sa spontanéité, s’oppose à tout esprit de dictature.

Septième argument : En ce sens, le rire est un fabuleux contre-pouvoir politique. c’est pourquoi le rire est même sans doute une nécessité sociale.Dans les sociétés figées, les hommes sont limités dans leur rire. Ainsi au Maroc, il est interdit de rire du souverain. Quand on censure le rire, la dictature n’est jamais  très loin. Le rire est sain car il permet à toute hiérarchie d’évaluer ses limites quant à son pouvoir. Ainsi les élèves, par exemple, rient d’une faute d’orthographe faite au tableau par un professeur. Les citoyens rient des hommes politiques et c’est un jeu propre à la démocratie que de permettre ceci. Il y a dans le rire une irrévérence face au pouvoir quel qu’il soit qui permet à ce dernier de ne pas trop abuser de ses prérogatives. Que les élèves rient du professeur de temps en temps, c’est normal, c’est de « l’humour-potache » qui peut mettre en gaieté le professeur lui-même s’il est sain d’esprit. Que l’homme politique rit de ses propres failles, c’est ce qui lui permet de rester démocrate.

Huitième argument : Le rire paraît d’autant plus échapper à tout contrôle qu’il est communicatif. Celui qui a expliqué la raison de cette contagion du rire est Marcel Pagnol dans ses Notes sur le Rire. Pagnol constate que « le but de toute farce est de mettre une personne en état d’infériorité devant d’autres qui sont les rieurs« … Or , « le rire étant l’expression d’un sentiment de supériorité, on ne veut pas être moins supérieur que son voisin ». Le rire crée donc une communauté d’esprit et de partage vis à vis de ceux envers qui on rit. Le rire, par sa communicabilité a quelque chose de convivial. Comme dit le proverbe : « plus on est de fous, plus on rit ». Il apparaît donc difficile de totalement censurer le rire, d’autant plus que l’on peut « rire dans sa barbe » ou encore « rire sous cape ».

TRANSITION

Cependant, le rire n’est pas dénué toujours de méchanceté, le rire dans certains cas peut être sarcastique, machiavélique. Donc, on peut quand même préciser que le rire n’est pas à censurer sauf quand il devient moquerie.Mais quand le rire n’a pas cet aspect négatif de la moquerie, on ne voit pas pourquoi il faudrait le limiter. C’était notamment la position de Spinoza dans la quatrième partie de son Éthique, proposition 45, quand le philosophe nous dit : « Entre la moquerie et le rire, je fais une grande différence. car le rire, comme aussi la plaisanterie est une pure joie, et par conséquent pourvu qu’il ne soit pas excessif, il est bon par lui-même. Et ce n’est certes qu’une sauvage et triste superstition qui interdit de prendre du plaisir. Car en quoi conviendrait-il mieux d’apaiser la faim et la soif que de chasser la mélancolie »?!Les critiques qui fusent sur le rire, sont en effet, en général, liées au fait que l’on fait une confusion entre l’humour et la moquerie. Néanmoins la méchanceté peut exister réellement dans le rire; n’est ce pas pour rire que les  soldats romains ont enfoncé une couronne d’épines sur le crâne du Christ ?! De même, la méchante sorcière dans Blanche-Neige n’éclate t-elle pas d’un rire méphistophélique après avoir empoisonné la jeune fille avec une pomme à l’aspect appétissant ?!

DEUXIÈME PARTIE : ON NE PEUT QUAND MÊME PAS RIRE DE TOUT.

Premier argument : Pour rire de quelqu’un, il faut une certaine insensibilité, aussi il y a toujours un risque d’être méchant avec le rire. Dans son ouvrage consacré au rire, Bergson met en relief que la première caractéristique du rire est justement cette insensibilité. Ainsi Bergson écrit : »Le rire est accompagné d’insensibilité ». Si on commence à éprouver de la compassion à propos de la personne dont on rit, on ne peut plus rire d’elle et le rire s’arrête. C’est pourquoi Bergson ajoute à propos du rire : « L’indifférence est son milieu naturel. Pour rire d’une personne, il faut oublier l’affection qu’on a pour elle…Le comique exige donc, pour produire tout son effet, quelque chose comme une anesthésie momentanée du cœur ». Dans le rire, on fait taire sa sensibilité à propos de la personne dont on rit, et on exerce sa seule intelligence. C’est en cela que le rire peut paraître parfois malsain et donc à limiter dans certains cas.

Deuxième argument : Le rire doit d’autant plus trouver des limites qu’il est en général une sanction sociale vis à vis de la personne dont on rit.En effet, il n’est jamais très agréable d’être le sujet qui suscite le rire. On rit des personnes, comme l’a remarqué Bergson qui ont un comportement déviant vis à vis de la norme sociale. Par exemple, on rit des gens distraits ou qui font une maladresse. Ainsi Bergson, dans le Rire aboutit à cette règle : « La raideur est le comique, le rire en est le châtiment« . Pour la société, en effet, toute raideur du caractère ou de l’esprit ou même du corps est suspecte. Cette raideur est le signe d’un comportement déviant alors la « société est en présence de quelque chose qui l’inquiète », et le rire est la réponse face à un comportement inadapté, c’est un châtiment social en quelque sorte. Et un châtiment comme le rire doit trouver ses limites dans la mesure où il ne faut pas que l’individu dont on rit se sente trop humilié.

Le rire incite la personne dont on rit à changer de comportement. Ce qui est sous-entendu dans le rire en tant que sanction sociale, c’est qu’il faut que l’individu dont on rit cesse d’avoir un comportement raide et maladroit, s’il veut qu’on arrête de se moquer de lui. »Le rire châtie certains défauts à peu près comme la maladie châtie certains excès » nous dit encore Bergson. Le rire a pour but de remettre les individus qui déclenchent le comique dans le droit chemin de la norme sociale et comportementale.

Troisième argument : Le rie peut donc vraiment avoir un aspect négatif, c’est pour cela sans doute qu’il ne faut pas rire de tout. C’est Pagnol dans ses Notes sur le Rire qui a montré que le rire a un aspect positif, mais aussi un aspect négatif. Le rire est positif nous dit Pagnol quand je ris de quelqu’un parce que je me sens supérieur à lui. Mais il a un aspect beaucoup plus sombre et négatif quand je ris de l’infériorité de l’autre, c’est alors le rire du mépris, de la vengeance, de la revanche.

Quatrième argument : On ne peut pas non plus rire de tout, car cela reviendrait à une immoralité certaine. Se moquer, par exemple, du physique des gens est particulièrement méchant, car ce n’est pas de sa faute si une personne est laide. Chez  les comiques professionnels d’ailleurs il reste certains tabous, et ils n’osent pas, en général, (et fort heureusement) se moquer des infirmités, des handicaps, des maladies ou encore des problèmes liés à l’inceste.

Cinquième argument : Une autre limite que doit avoir le rire, c’est de ne pas se moquer de la folie. Ainsi Montherlant remarquait : « Quand les gens sont fous, il ne faut pas rire d’eux. Il faut les prendre eux et leur folie, et les traiter en entier, eux et leur folie, avec respect. Il y a toujours des raisons d’être fou, et ces raisons sont toujours respectables ». En effet, les personnes qui sombrent dans la folie sont, en général, des personnes qui n’ont pas reçu suffisamment d’amour. C’est pourquoi la folie est un sujet effectivement qui ne prête pas à rire. La folie est l’expression de la misère affective drainée par notre société.

Sixième argument : Le rie est condamnable également quand il s’agit pour les individus de se défouler. Et c’est notamment le cas quand on rit du malheur des autres. Ainsi Pagnol dans ses Notes sur le Rire remarque à quel point les français se sont défoulés à propos de leur président Paul Doumergue quand ce dernier tomba d’un train dans la nuit. Le défoulement par le rire est d’autant plus fort qu’il s’agit de rire du personnage le plus élevé dans l’appareil de l’État. Ainsi Pagnol constate : « On en fit des chansons comiques et toute la France fut prise de fou rire. Quelle joie de se sentir un instant supérieur à un autre homme qui était le Président de la République, qui avait son train spécial, et qui finit par arriver en chaussettes, au milieu de la nuit, dans le chalet d’un garde-barrières ! » Le fait que le rire touche souvent des personnes hiérarchiquement élevées, montre bien que dans le rire, il s’agit souvent hélas de se défouler, plutôt que de faire de l’esprit par « un bon mot »

Septième argument : Enfin, il semble aussi que le rire doit plus s’attaquer aux doctrines plutôt qu’aux personnes en particulier. Par exemple, des anti-communistes peuvent faire de l’humour sur la doctrine marxiste, sans tomber dans l’attaque personnelle vis à vis de tel communiste en particulier. Car dans ce cas là, le rire n’est pas une expression d’humour, mais plutôt l’expression de la moquerie, voire de la diffamation. De même, des athées ont le droit de se moquer de la religion catholique, mais il ne faut pas qu’ils en viennent à manquer de respect vis à vis d’un prélat important alors que celui ci n’a pas une conduite scandaleuse. Le rire n’est pas là pour servir des envies de salir telle ou telle personne, alors que celle-ci n’a rien fait de répréhensible. C’est André Mounier dans son ouvrage De l’avantage d’être incréé qui disait à propos de l’humour : « L’outrance oui, l’insulte non ! » On ne peut pas rire de tout, car on ne  doit pas non plus piétiner le respect de la personne et ses droits fondamentaux.

Huitième argument : En définitive aussi, on ne peut rire de tout, car si on se met à se moquer de toutes les valeurs, plus rien n’est pris au sérieux, et il y a alors le risque de décadence. De nombreuses émissions télévisées actuellement parodient avec des marionnettes les hommes politiques. C’est vrai que c’est souvent drôle. Mais le problème, c’est qu’à force de rire de la vie politique, on ne  la prend plus du tout au sérieux, et les gens finissent par ne même plus se déplacer pour aller voter !

Cependant, tous les rires ne sont pas des rires d’hostilité, et c’est Léo Ferré lui-même qui chantait : « je veux bien qu’on rit de moi, mais ça dépend de quel rire! ». Il y a des rires sains et c’est au nom de ceux-ci que l’humour doit avoir quand même droit à une certaine liberté d’expression.

TROISIÈME PARTIE : ON PEUT RIRE DE QUASIMENT TOUT MAIS PAS AVEC TOUT LE MONDE !

Premier argument : Il ne faut pas oublier que le rire dépend aussi beaucoup du contexte socio-culturel dans lequel l’humour est déployé. C’est ce que remarque J.C Lacarrière dans son livre la Controverse de Valladolid, les indiens ne rient pas quand on leur montre des bouffons occidentaux se moquer des rois et des prélats, parce que ça ne correspond  pas à leurs référents culturels. Par contre, les indiens rient quand ils voient des occidentaux « se casser la figure », car dans toute l’humanité, on se casse la figure. Donc on peut rire avec des personnes d’autres cultures, mais à condition de s’adapter à leur contexte socio-culturel.

Deuxième argument : Le rie a aussi le mérite de détende l’atmosphère, c’est pourquoi il est bon de le favoriser. Ainsi le cardinal de Bernis remarquait : « Qui fait rire l’esprit se rend maître du cœur ». Quand l’humour est fin et spirituel, il permet une communion des âmes, qui favorise le dialogue entre les hommes.

Troisième argument : Le malheur dans notre société vient justement du fait que l’on ne rit pas assez. C’est Nicolas de Chamfort qui remarquait à juste titre : « La plus perdue de toutes les journées est celle où l’on a pas ri ». Ce n’est pas le rire qui est mauvais en soi, c’est plutôt qu’il devient critiquable quand on rit avec n’importe qui. Hélas on pleure plus souvent qu’on ne rit. Ainsi Sacha Guitry remarquait: « On peut pleurer pendant deux jours, on ne peut pas rire pendant deux heures ! » On en aurait mal au ventre ! Pourtant face aux difficultés de la vie, nous avons besoin de rire, ainsi Hugo disait : « Faire rire, c’est faire oublier. Quel bienfaiteur sur la terre qu’un distributeur d’oubli! » Alors il apparaît éclatant que l’on peut rire de presque tout.

Quatrième argument : Le rire est une fabuleuse arme contre la violence. C’est pourquoi les fanatiques haïssent l’humour et veulent restreindre ses sujets. L’humour, par le rire qu’il déclenche permet de réduire l’agressivité humaine. Il n’y a sans doute pas que la musique qui adoucit les mœurs, l’humour également. On peut donc finalement dire qu’effectivement « On peut rire de tout, mais pas avec tout le monde » comme le disait le comique P.Desproges.

CONCLUSION

Il apparaît après l’examen de la résolution de la question que quasiment rien ne doit limiter le rire. Le rire, cependant, doit éviter de tomber dans la vulgarité comme c’est le cas quand on plaisante sur nos fonctions digestives et sexuelles.

Il est important que l’on puisse rire quasiment de tout. À partir du moment où le rire n’appelle pas au meurtre, à la violence, à l’exclusion; on ne voit pas pourquoi il faudrait le restreindre. Dans Ainsi Parlait Zarathoustra, Nietzsche voyait dans le rire la grande libération, Zarathoustra cherche des disciples capables de rire mais « Qui de vous peut en même temps rire et être élevé ? » Il faut tendre vers l’humour fin et spirituel plutôt que dans les plaisanteries grasse et lourdes.

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